Voilà un article que je vais peut-être avoir du mal à écrire. Non pas que le sujet ne m’intéresse pas, (bien au contraire) plutôt que je ne le maîtrise pas très bien d’un point de vue technique. Mais comme ce blog n’est pas destiné à être trop pointu, ça devrait faire l’affaire et tant pis pour les experts qui noteront mes erreurs involontaires ou mes inexactitudes. 🙂

Pour les plus jeunes, ça va peut-être un peu difficile de comprendre certaines subtilités, mais les anciens eux se souviennent que la plupart des ordinateurs des années 80 étaient techniquement incapables de produire d’autres sons que des « bips ». l’Atari ST en l’occurrence était capable de rejouer ces « bips » sur 3 voies en mono (c’est à dire 3 instruments en même temps) alors que son successeur l’Atari STe était mieux pourvu de ce côté là, offrant de base 4 voies en stéréo (soit 2 instruments à gauche et 2 autres à droite).

Les soundchips

La majorité des musiques sur les machines Atari étaient donc des soundchips (ou chiptunes) c’est à dire des musiques composées de « bips » et si vous ne voyez pas de quoi je veux parler, alors regardez (et écoutez surtout) cet extrait :

C’est sûr, tout le monde ne va pas apprécier ce genre d’instruments aux sons acidulés, stridents, voire parfois discordants. 🙂 Pourtant, même dans ce domaine, il existait de nombreux outils pour composer de la musique soundchip, ce qui permettait d’obtenir des résultats différents même s’il faut reconnaître que c’est avant tout le talent du musicien qui faisait la différence. Écoutez par exemple ce superbe morceau de Scavenger du groupe Synergy. Remarquez ces sons étranges, propres au musicien :

Ou encore ce morceau de Jess d’Overlanders, un autre de mes musiciens préférés qui avait le chic pour me faire vibrer avec ces envolées ! D’ailleurs si vous appréciez l’extrait suivant, vous pouvez en profiter pour aller faire un tour sur son site.

Bien entendu il y a eu (et il y a encore) des dizaines de musiciens pour composer des soundchips et il existe plusieurs milliers de ces petits joyaux depuis leur apparition dans les années 80. Les amateurs peuvent d’ailleurs retrouver ces mélodies dans des musicdisks c’est à dire des démos qui compilent les musiques pour parfois plusieurs heures d’écoute !

En voici un exemple avec ce musicdisk reprenant de nombreux morceaux de Big Alec du groupe Delta Force :

Suivi du musicdisk Relix des groupes Paradox et Dead Hackers Society  (plus de 3h de musique) :

Je pourrais aussi citer Tao de Cream qui comme d’autres de ses confères s’est mis à la programmation afin de produire un son qui lui est propre et qui fait qu’on le reconnaît en quelques secondes. Je vous renvoie à mon coup de coeur pour la démo Do Things qui est en réalité un excellent musicdisk de ses compositions.

Par dessus tout, la technique a beaucoup évolué grâce à des passionnés comme gwEm qui ont eux même créé les outils dont ils rêvaient, comme le génial maxYMiser ! Aujourd’hui les bons vieux soundchips n’ont plus rien de rétro, ils se sont mis à jour et connaissent non seulement une seconde jeunesse mais ont en plus le vent en poupe avec de nombreux concerts organisés un peu partout dans le monde !

Voici en tout cas à quoi peut ressembler un soundchip dernière génération avec le morceau Flash of the Rom de gwEm, grand gagnant lors de la compétition organisée durant la convention STNICCC 2015.

Preuve en est avec deux autres musidisk innovants et modernes qui profitent en plus d’une excellente mise en scène. D’abord avec le Alive Jukebox (30 minutes environ) par Cyclone de X-Troll puis avec 0913 (1h de musique) du groupe Live!

Les samples

Se rapprochant d’une musique plus « réaliste », voici le sample, mot qui signifie « échantillon ». En fait il s’agit cette fois d’enregistrer une musique ou plus souvent un court extrait qui sera ensuite digitalisé (on dit « numérisé » maintenant :)) avant d’être rejoué en boucle. Alors bien entendu le résultat est bien plus consistant de de simples « bips », mais j’y vois 2 inconvénients majeurs :

  • D’abord il n’y a pas de musicien Atari impliqué dans le processus puisqu’on « emprunte » une musique existante. Bien entendu celle-ci peut aussi être composée à la demande par un musicien Atari s’il en a les capacités mais cela veut dire enregistrer sur de vrais instruments, numériser, etc. (n’oubliez pas qu’on était dans les années 80-90, le MP3 n’existait pas encore et Internet non plus !).
  • Comme le morceau obtenu est assez volumineux, contrairement à un simple soundchip au poids ridicule, il est généralement très court. Du coup il se répète tout au long de la démo, ce qui devient vite rasoir voire insupportable

En voici un bon exemple dans la mesure où je trouve justement que l’utilisation d’un sample gâche malheureusement le plaisir qu’on aurait autrement à regarder la démo Necrosys du groupe Hemoroids.

Les samples ont heureusement assez peu été utilisés pour les raisons évoquées plus haut. Mis à part un son plus moderne, ils n’apportent rien et auraient même tendance à desservir une production. De nombreuses démos des années 80-90 les utilisaient dans des écrans techniques qui affichaient des tonnes d’éléments dans tous les sens… Exactement le genre d’écran que je déteste. 🙂

L’écran suivant extrait de l’excellente démo Dark Side of The Spoon par le groupe Unlimited Matricks est très technique et beau mais le son qui tourne en boucle risque de vous rendre fou au bout d’un moment !

Malgré la tentation de « sonner » mieux, les samples étaient donc à double tranchant au point que peu de démos les ont utilisés. Au final je préfère largement un bon vieux soundchip à un sample qui tourne en boucle au bout de quelques secondes… Si besoin, voici un dernier exemple, extrait de la démo Crystalic Goes Party du groupe Crystalic :

Les soundtracks

Voici en réalité la seule alternative valable aux soundchips bien que j’ai une certaine affection pour ces derniers. Un soundtrack, aussi appelé module, est basé sur des samples sauf que ceux-ci sont déclinés comme les sons d’un synthétiseur. Prenez un sample de piano par exemple : libre à vous d’utiliser toutes les notes de la gamme pour écrire un morceau qui vous semblera joué sur un vrai piano. J’espère que cette analogie est assez claire. 🙂

Il s’agit de nouveau d’une oeuvre originale et personnelle, c’est donc le talent du musicien qui fera la différence. L’inconvénient des soundtracks c’est qu’ils sont quand même bien plus gros que de simples soundchips et ça compte sur des ordinateurs vieux de 30 ans ! Ca veut dire qu’une partie de la puissance déjà limitée de l’Atari est utilisée pour rejouer le soundtrack au détriment des effets qui défilent à l’écran.

Au fait, vous voulez savoir à quoi ressemble un tracker, c’est à dire l’outil utilisé pour créer un soundtrack ? Notez que le même type d’outil est requis pour créer des soundchips. 🙂 Et il existe une bonne vingtaine de trackers, chacun avec ces points forts.

protracker_st

On trouve plus souvent des soundtracks dans des démos sur l’Atari STe que sur Atari ST, car le STe possède quelques facilités notamment pour rejouer ce type de musique. Les soundtracks sur Atari ST n’apparaissent en général que dans des musicdisks (une démo sans effet en gros) ou alors dans la séquence finale d’une démo principalement composée d’un scroller (texte défilant).

Voici un premier exemple avec le musicdisk Modulation 2 du groupe Checkpoint (1h30 de musique) :

Ou encore ici avec l’excellente démo High Fidelity Dreams du groupe Aura. Vous remarquerez peut être la meilleure qualité sonore dû au fait que la démo profite des améliorations de l’Atari Ste !

Et puisque que l’Atari STe est capable de jouer de la musique sur 4 voies, pourquoi ne pas faire mieux ? En fait, il suffisait de demander. 🙂 Plusieurs trackers, démos ou musidisk sont parvenus à rejouer 8 voies simultanément, c’est à dire 8 instruments divisés en 2 parties : 4 à gauche et autant à droite. L’excellent musicdisk Dynamite de Unit 17 en fait une superbe démonstration :

D’autres comme Sector One iront mieux jusqu’à développer le DBE Tracker capable de jouer des morceaux comprenant 32 voies ! Je précise quand même que dans ce cas on doit se « contenter » d’écouter un morceau, il ne faut pas espérer le voir inclus dans une production quelconque !

Avec les dernières avancées, les démos STe peuvent désormais comporter des musiques soundtrack de très grande qualité, voire des MP3 (sur une machine vieille de presque 30 ans ??). Par exemple, toutes les démos de Dead Hackers Society offrent ce genre de musique depuis 2008 !

Un dernier pour la route !

Voilà pour ce tour d’horizon rapide (si si je vous assure) et vraiment pas très technique des différents types de « sons » qu’on peut trouver dans les démos Atari ST et STe. Pour conclure je vous propose de faire le tour de quelques exemples de musique soundchips qui sont des « remix » de musiques originales soundtrack. Admirez le travail des musiciens !

Prenons par exemple la démo Error in Line 3 invite de Dead Hackers Society et comparons avec la musique originale de la démo Hmm du groupe Escape sur Atari Falcon (ce qui est drôle c’est que c’est le même musicien qui a composé les deux versions !).

Un autre et dernier exemple avec la démo Second Reality 2013 du groupe Checkpoint qui reproduit en tous points la célèbre démo PC Second Reality du groupe Future Crew :

 

 

 

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