J’ai déjà écrit un article à propos des rasters (bars) mais malgré le nom il ne s’agit pas de la même chose cette fois puisque je vais bien vous parler de rastersplit. 🙂 Derrière ce nom mystérieux se cache une technique très intéressante et qui concerne les graphismes, plus particulièrement les oeuvres en pixel art. Ceux qui préfèreraient des explications exactes et précises sont invités à se rendre sur cette page en anglais, les autres peuvent rester et se contenter de mes explications à moi. 🙂

Comme je l’ai déjà écrit environ un million de fois, l’ATARI ST et même son successeur le STe ne pouvaient pas afficher plus de 16 couleurs simultanément, ce qui n’a pas empêché de très nombreux artistes d’en tirer pleinement profit. Pourtant, assez vite certains codeurs plus malins que les autres ont bidouillé et inventé des trucs permettant de passer outre cette limitation. Voyons donc ça de plus près

Heureusement, j’ai passé un peu de temps à discuter avec deux graphistes de grand talent et qui sont familiers avec les rastersplit, ce qui n’est pas du tout mon cas. A priori cela devrait me permettre de ne pas écrire trop de bêtises. J’en profite donc pour remercier chaleureusement nos amis Mic/Dune et mOdmate/SMFX!

Je vous présente au passage la toute première image qui a bénéficié de cette trouvaille. Non seulement vous constatez la multitude de couleur dans le ciel mais en plus il s’agit ni plus ni moins de la toute première démo ATARI ST ! Mesdames et messieurs je vous demande d’applaudir l’image dessinée par ES/The Exceptions que l’on trouve donc dans la démo READ_ME.PRG sortie en 1987… C’est à dire il y a quelque 33 années !!

Au départ un « simple » dessin en 16 couleurs, mais avec les rasters dans le ciel, l’image comporte désormais environ 80 couleurs ! (1987).

Mais reprenons depuis le début, c’est à dire au milieu des années 80 lorsque notre monde se limitait à 16 couleurs. L’un des logiciels de dessins les plus connus était alors Neochrome et seules des bidouilles de codeurs permettaient d’afficher davantage de couleurs, comme dans l’exemple ci-dessus. Et ils ne partageaient pas vraiment leurs secrets.

Pourtant en 1990 la donne a changé avec le groupe allemand Delta Force qui a repris et amélioré cet outil pour le transformer en Neochrome Master. C’était comme si Terminator avait eu droit à une mise à jour pour devenir plus fort et meilleur encore. A noter que d’autres logiciels ont aussi ouvert la voie, même si on ne se souvient plus d’eux. C’est le cas d’un certain Quantum Paint par exemple.

Désormais donc, grâce à cette technique appelée rastersplit (ou interrupt) vous pouvez changer toute la palette à la fin de chaque ligne ! Plus besoin d’avoir un codeur à domicile, vous pouvez le faire tout seul ! Tout n’est pas SI facile toutefois et pour tout dire tout cela me semble encore bien mystérieux dans la mesure où je ne me suis jamais essayé à cette technique de rastersplit. 🙂

En théorie donc puisque l’écran d’un ATARI ST affiche 200 lignes et que cette technique permet de changer de palette à chaque fin de ligne ça veut dire que je dispose au maximum de 200 x 16 =3200 couleurs ! Mais dans ce cas cela voudrait dire que je dois dessiner une seule ligne à la fois. Je veux dire qu’une ligne = 1 fichier ! Ce n’est évidemment pas réaliste, aucun graphiste ne peut travailler ainsi. Ce qui se passe en fait c’est que le graphiste fait tout son dessin dans un écran avec 16 couleurs au maximum, puis il copie cette image dans un autre écran pour en colorier différemment certains blocs et ainsi de suite. Pas sûr que mon explication soit très claire alors regardons ça d’un peu plus près avec quelques démonstrations :

Babar fut l’un des très rares artistes à utiliser des rastersplits dans les années 90.

L’image que vous voyez ci-dessus a donc été découpée en bandes horizontales de 16 couleurs, qui ont été recoloriées puis assemblées pour devenir l’image finale. Quand elle a été dessinée (gauche) elle n’utilisait que 12 couleurs, puis Babar a utilisé des rasters pour multiplier les palettes. Au final son image terminée (droite) contient désormais 39 couleurs. Et si vous regardez d’un peu plus près cette dernière vous remarquerez les fameuses bandes horizontales dont je vous ai parlées (je pense en avoir repéré SIX).

Je vais m’efforcer de vous montrer à chaque fois l’image telle qu’elle a d’abord été dessinée puis le résultat final. Comme dit précédemment Babar est quasiment le seul graphiste à avoir utilisé cette possibilité dès les années 90. Ceci dit, Mic/Dune a utilisé cette technique dans plusieurs productions, et plus particulièrement à partir des années 2000. Jugez par vous-même :

Extrait de la démo de 2003 Fantasia par Dune et Sector One. Excellent style cartoon !

Ok, donc l’image à gauche est l’image « principale » si je peux dire, elle est complètement dessinée mais ne comporte que 16 couleurs. Vous remarquez de nombreuses parties en vert ou jaune, ce sont les bandes qui seront coloriées grâce à notre rastersplit. L’image de droite est la version finale qui comporte désormais 42 couleurs!

Extrait de la démo de 2011 Antiques par Dune et Sector One.

Autre exemple, même technique (et même artiste je précise). L’image ne contient que 15 couleurs à gauche et tout ce qui est en vert va de nouveau être recolorié grâce au rastersplit. Le magnifique dessin à droite comporte 83 couleurs !

Continuons à présent avec d’autres superbes exemples que l’on doit cette fois à un autre graphiste talentueux : mOdmate/SMFX . Il a été suffisamment sympa pour me fournir des versions préparatoires de certains des dessins qu’il a réalisés au cours des dernières années. Jetons un oeil par exemple sur cet excellent logo utilisé dans la démo de 2014 intitulée Cycles  par le débutant (d’alors) connu sous le pseudo de SPKR.

Logo très stylé déjà mais encore plus beau avec plus de couleurs !

Encore une fois, vous pouvez voir à gauche le logo de base, très stylé au passage, en 16 couleurs soit 14 couleurs par lettre + 1 noir pour le contour et partagé entre toutes les lettres + couleur de fond). Dans la version de droite, chaque lettre possède sa propre palette pour un total de  45 couleurs en tout l! Excellent !

Vous en voulez plus ? Alors admirez ce super logo PULSE utilisé dans la démo éponyme de 2015 et que vous pouvez retrouver dans l’un de mes coup de coeurs. Comme précédemment le logo a été imaginé puis entièrement dessiné en 9 couleurs (gauche) puis la palette a été remaniée pour utiliser 15 couleurs (centre). La version finale que l’on retrouve dans la démo (droite) est illuminée par 33 couleurs différentes.

L’un des très nombreux logos qu’on doit au maître mOdmate!

De nos jours les graphistes ne sont plus obligés de passer par un logiciel comme Neochrome Master pour créer des rastersplit. I existe de multiples techniques que je ne peux pas vous décrire. D’abord la plupart des artistes dessinent sur PC, pas moi qui travaille toujours à l’ancienne, puis ils convertissent leurs dessins dans un format lisible par un ATARI. Ensuite, Zerkman de Sector One a codé un outil appelé MPP qui permet d’obtenir plusieurs milliers de couleurs. Cela a permis a certains artistes très talentueux, tel que Templeton de Cerebral Vortex de s’exprimer et de nous offrir quelques magnifiques oeuvres. Enfin chacun peut, à l’instar de mOdmate qui programme aussi créer ses propres routines. C’est ce qui lui a permis d’afficher pas moins de 69 couleurs dans ce logo CP qui malheureusement n’a jamais été utilisé !

Je vous propose de conclure avec le superbe slideshow qui constitue l’une des nombreuses parties de la démo de 2011 Antiques par les groupes Dune et Sector One.